Prothèse de hanche suite à fracture du col du fémur

infection nosocomiale

faute de l’hôpital

Une patiente de 78 ans présente une fracture du col du fémur suite à une chute.

Une intervention chirurgicale de mise en place d’une prothèse de type  intermédiaire sans ciment est réalisée dans un centre hospitalier le 5 janvier 2006.

Infection à staphylocoque doré

Le 10 janvier 2006, une infection par staphylocoque doré multi-sensible est diagnostiquée et une antibiothérapie est instaurée.

Le 25 janvier 2006, la patiente quitte l’établissement hospitalier ; elle sera ré-hospitalisée le lendemain en raison d’un écoulement séro-purulent de la hanche droite.

Les prélèvements bactériologiques mettent en évidence la présence d’un staphylocoque doré.

Une reprise chirurgicale est réalisée pour nettoyer la plaie opératoire infectée.

Les prélèvement bactériologiques retrouvent le staphylocoque doré .

Le 13 février 2006, devant la persistance de l’écoulement et alors qu’un prélèvement réalisé le 6 février mettait toujours en évidence la présence d’un staphylocoque doré, une nouvelle intervention chirurgicale est réalisée, associant le nettoyage de la hanche droite et une ponction du genou droit.

Le 11 mars 2006, un prélèvement a été effectué au niveau de la hanche, mettant en évidence un staphylocoque doré

La patiente est hospitalisée entre le 12 avril 2006 et le 4 mai 2006 en raison d’une altération de l’état général .

Malgré l’amélioration de l’état général de la patiente, un syndrome inflammatoire persiste.

La patiente est à nouveau hospitalisée du 9 au 11 mai 2006 au sein du même établissement puis  hospitalisée du 28 au 30 juin 2006 pour un syndrome inflammatoire persistant.

La patiente et hospitalisée du 6 au 24 juillet 2006, pour l’apparition d’un écoulement au niveau de la cicatrice de la hanche droite  et un traitement antibiotique est administré.

Une échographie de la hanche est réalisée le 5 octobre 2006, révélant la présence d’une collection profonde située au niveau de l’os avec présence d’une fistule retrouvée jusqu’à la peau .

Une seconde échographie effectuée le 10 octobre a mis une nouvelle fois en évidence l’épanchement liquidien collecté sur la face latérale ; qu’un prélèvement de la plaie sur la prothèse a été fait décelant un staphylocoque doré sensible

Une consultation au service orthopédique d’un autre centre hospitalier a permis de confirmer l’existence d’un sepsis profond et a conduit à proposer une reprise chirurgicale suivie d’un traitement antibiotique pendant trois mois.

Le 16 décembre 2006, la patiente  subit une nouvelle intervention chirurgicale dans une polyclinique consistant en une ablation de la prothèse de hanche droite et la mise en traction afin d’obtenir une hanche ballante. Avant cette intervention, un staphylocoque doré  très résistant  a été à nouveau retrouvé dans les prélèvements .

Expertise médicale diligentée par la CRCI

Un collège d’experts comprenant un chirurgien orthopédiste et un infectiologue est désigné par la CRCI

Le rapport d’expertise médicale relève que:

La patiente a bénéficié d’une douche antiseptique le 4 janvier 2006, mais qu’aucune douche antiseptique n’a été réalisée le jour de l’opération

la douche à effectuer le jour de l’opération est souhaitable

Le dossier des soins infirmiers présenté aux médecins experts mentionnait qu’un rasage aurait été effectué alors que selon ce guide des bonnes pratiques, le rasage était proscrit et l’usage de la tondeuse est recommandé pour prévenir les risques d’infection

Les documents  ultérieurement remis par le centre hospitalier, mentionnant l’usage d’une tondeuse, n’étaient pas datés

Le centre hospitalier ne produit aucun élément de nature à remettre en cause la mention ainsi portée par les infirmiers quant à l’utilisation du rasage au lieu de la tondeuse, en méconnaissance des recommandations en matière de prévention des infections nosocomiales

Aucune trace de la réalisation de la préparation antiseptique de la zone à opérer, qui constitue une action de prévention distincte de celle de la douche antiseptique et qui est aussi recommandée.

Le centre hospitalier ne produisant pas d’élément relatif à cette préparation pour le nettoyage et l’antisepsie de la zone de l’incision opératoire.

Aucune antibioprophylaxie per opératoire n’a été réalisée, aucune trace n’ayant d’ailleurs été trouvée à ce sujet dans les pièces fournies  et notamment sur la fiche de surveillance de l’anesthésiste du bloc

L’antibioprophylaxie était recommandée à la date de l’intervention notamment par le guide des  » 100 recommandations pour la surveillance et la prévention des infections nosocomiales  » alors en vigueur mentionnant qu' » une antibioprophylaxie par voie parentérale est indispensable  » pour une intervention chirurgicale consistant en une implantation de prothèse en chirurgie orthopédique

Des fautes post-opératoires, consistant en un retard dans la prise en charge de cette infection et en une prise en charge inadaptée, faisant perdre une chance de guérison à la patiente.

Recommandations de bonne pratique relatives à la lutte contre les infections nosocomiales non respectées: faute de l’établissement de santé

L’ONIAM indemnise la patiente.

L’ONIAM et la CPAM du Gard engagent une action devant le Tribunal administratif de Nimes afin d’obtenir la condamnation du centre hospitalier au remboursement de leurs débours.

En appel, les juges estiment que des fautes ont été commises par le centre hospitalier en ne respectant pas les recommandations de bonne pratiques relatives à la lutte contre les infections nosocomiales. La Cour considère que ces fautes sont l’unique cause de l’infection nosocomiales contractée par la requérante et que ces fautes justifient la prise en charge de l’indemnisation par l’hôpital.

Cour administrative d’appel de Lyon , 06/11/2014, 12LY24173